La Frasnée
Autrefois ...

(c) Photo 2010 - La Frasnée - Environs de Clairvaux les Lacs


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(c) Photo 2010 - La Frasnée - Le village

Office de tourisme du pays lacs et petite montagne


" Si, en suivant le tramway de Lons-le-Saunier à
Saint-Claude,
vous descendez à Clairvaux les lacs, vous êtes à quelques kilomètres d'un
des plus jolis sites jurassiens et d'une des plus curieuses sources
de cette région montagneuse si riche en merveilles hydrologiques.
C'est là, au petit village de La Frasnée assis par 546 mètres
d'altitude, à l'ouverture d'un hémicycle de riohers qui le dominent de 150
mètres, que naît le Drouvenant, affluent de l'Ain, à peu près aussi inconnu
des Français que ce roi de Patagonie dont les journaux nous révélaient
récemment l'existence en nous annonçant son décès.
Cependant le Drouvenant est une jolie rivière qui, pour n'avoir qu'un
développement de 13 kilomètres environ, n'en possède pas moins une source
que les géographes qualifient de "magnifique". La caverne de laquelle sort
cette a été récemment explorée par MM. Kuss, Guérillot et quelques autres
alpinistes de Lons le Saunier qui, au prix de grandes difficultés, en ont
relevé le croquis sommaire que nous reproduisons ici.
Cette caverne n'était jusqu'alors connue que par le puits vertical qui lui
sert de vestibule et qu'on appelle le "trou des Gangônes". Nos explorateurs
bien que mal outillés pour ce genre d'excursion, n'ont pas hésité à
descendre dans ce puits. Après une trentaine de mètres verticalement, ils
tombèrent sur un plan incliné à 45°, formé d'éboulis et de boue, et le long
duquel ils eurent le plus grand mal à se maintenir. En bas, un boyau creusé
dans le rocher leur permit l'accès d'une salle au sol couvert d'un épais
dépôt de boue. Puis un autre passage à pic les amenait dans la grande salle
au bout de laquelle ils trouvèrent la nappe d'eau alimentant la source en
temps ordinaire.
Cette nappe se continuait dans un canal impénétrable formé par le
surbaissement de la voûte, et communiquant vraisemblablement avec un
réservoir considérable et inaccessible, comme en ont les sources
vauclusiennes.
Au cours de leur exploration nos touristes reconnurent plusieurs grottes
latérales assez importantes comme dimensions, puisqu'elle ne mesure pas
moins de 35 mètres de long sur 20 environ de hauteur, mais ne présentant pas
d'intérêt particulier.
Il résulte de cette visite au trou des Gangônes que l'eau du bassin du fond
de la grotte s'écoule normalement par une pente assez rapide vers la cascade
épanouie qui constitue la source habituelle du Drouvenant et dont notre
croquis donne un tracé hypothétique.
Mais que les eaux d'infiltration qui alimentent le bassin arrivent plus
abondantes, comme cela se produit après les grandes pluies, l'émissaire
habituel devient insuffisant. La masse liquide, cherchant une sortie,
envahit les grottes et les salles, s'élance sur le plan incliné et monte
jusqu'à l'orifice du trou par dessus lequel elle se déverse pour former une
superbe chute de 90 mètres de hauteur appelée le Grand Dard.
A moitié et au tiers de la hauteur de la grande cascade, des crevasses
latérales communiquant avec la grotte livrent également passage à l'eau
impétueuse. De sont les grandes Chevrettes et les petites Chevrettes.
Cette disposition des crevasses du rocher détermine ce phénomène singulier
de l'élévation progressive de la cascade à mesure que l'eau monte dans la
grotte et dans le trou des Gangônes, à la façon des étages d'une maison.
La source du Drouvenant présente une grande analogie avec celle, également
dite du Dard, qui sort des grottes de Baume-Les-Messieurs, dont elle est
d'ailleurs assez éloignée. Dans l'une comme dans l'autre un réservoir
souterrain, alimenté par les infiltrations du sol, s'écoule normalement à la
base du rocher. Dans l'une comme dans l'autre, lors des crues, l'eau monte
pour sortir en cascade par l'ouverture des grottes.
Les grottes de Baume sont toutefois beaucoup plus vastes et leur régime
hydrologique paraît plus avancé que celui des grottes du Drouvenant.
Les grottes de Baume ont un historiographe savant et scrupuleux dans Edmond
Renauld qui a mesuré et fouillé leurs 1280 mètres de développement. Il leur
a consacré un superbe mémoire dans les Annales de la société de Spéléologie
(juin 1896). Il faut espérer que, à défaut du regretté explorateur, M
Fournier, son successeur, le savant professeur de la Faculté de Besançon,
qui est en même temps investigateur souterrain infatigable, donnera quelque
jour des cavernes du Drouvenant une relation scientifique."
L. Reverchon.
LA NATURE - 14 JUIN 1902 - N°1516
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